L’édito

En terme d’images, la question du temps est primordiale.

Les évolutions technologiques d’abord. La salle de cinéma est centrale. Il faut qu’il y ait partout, tout le temps, des gens qui aillent voir les films en salle. C’est ça le cinéma.Acté, le principe s’oppose à une réalité: les nouveaux modes de consommation des films (car on ne regarde plus les films, on les consomme) passent par les ordinateurs, les tablettes, les smartphones, etc. Qui peut dire que, par exemple, si Buster Keaton ou Alfred Hitchcock avaient eu accès à ces technologies, ils les auraient niées en bloc et auraient préféré rester cantonnés à la salle? Ne les auraient-ils pas tout simplement exploitées? Peu nombreux sont ceux qui, il y a à peine 20 ans, auraient pu dire ou prédire toutes les mutations ayant eu lieu dans le domaine de l’image. Qui peut donc dire comment cela se passera dans 20 ans? Et quelles habitudes de «consommation» se seront imposées?

La course en avant du temps ensuite, qui file de plus en plus rapidement. Aujourd’hui les images sont produites à des vitesses folles. Puis elles sont diffusées, rediffusées, analysées, éditorialisées, sujettes à débat dans les autres médias, et donc relayées, transformées, exploitées, avant d’être oubliées encore plus rapidement et remplacées. Le besoin d’images est omniprésent, plus seulement pour appuyer ou illustrer son discours mais aussi pour le créer. On produit les images et on parle. A n’en plus finir. Pourtant l’instantanéité, le manque de recul, empêchent la vision globale d’un phénomène. Parler des images ne suffit pas à combler les failles qu’elles mettent en lumière.

Le passé enfin, nouvelle star. Et puis il y a le patrimoine. La volonté des pouvoirs publics associée aux savoir-faire de prestigieuses institutions ont permis ces dernières années de restaurer des trésors cinématographiques, de les rendre accessibles au plus grand nombre, de faire circuler les copies et de les projeter dans d’excellentes conditions. Quant aux archives, particulièrement les films super 8, leur traitement et la centralisation dont elles font l’oeuvre ont accru leur accessibilité, et le très grand nombre d’images ainsi révélées les ont rendues parfois moins chères que les productions d’images nouvelles.Qui aurait su dire il y a plusieurs dizaines d’années que les images amateurs ou professionnelles qu’il créait, seraient vues de cette manière? Qu’il documentait le monde?Qu’il créait les archives du futur? Pour beaucoup, ils filmaient ou photographiaient simplement leur quotidien, leur présent, émerveillés de pouvoir se créer des souvenirs personnels, originaux, rien qu’à eux. Aujourd’hui nous regardons ces images, les analysons, les jugeons, les classons, les désenchantons, pour mieux les maîtriser. Mais finalement, n’est-ce pas le même phénomène qui a lieu en 2017? Ne sommes-nous pas simplement ébahis de ce que peuvent faire nos téléphones? Les selfies et compagnie ont envahi notre espace visuel, mais est-ce «pire» que de filmer celui que l’on a en face de soi? On se photographie et on se filme simplement parce qu’on peut… et on crée au passage les archives de demain.

Swen de Pauw

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