Le projet

Le Film 

Enfances de l’art, au fil du Faso (Charlotte Béfort et Estelle Duriez, 2010, 30 minutes).

A Bobo Dioulasso, au Burkina Faso, un petit spectacle de marionnettes fait de bric et de broc se déroule devant le tableau noir d’une salle de classe. Entrent en scène Adjara et Namse, deux enfants que tout devrait réunir et qui voudraient tellement devenir amis. Mais pourquoi ne pourraient-ils pas se fréquenter, sous prétexte que l’une est riche et l’autre pauvre, que l’un est cuiller en bois et l’autre fourchette en argent ?

Dans les regards captivés des enfants, on lit tour à tour la peur, la surprise, l’étonnement, l’incompréhension… Cette histoire, c’est un peu la leur, mais aussi la nôtre. Chacun à leur manière, Ayouba, Yasmine, Awa, Adama et bien d’autres vont nous dévoiler ce qu’ils ont ressenti pendant ce spectacle. Certains vont le dessiner dans un coin de leur cahier, d’autres nous raconteront une histoire, ou imagineront un petit spectacle. Au fil des rencontres et des imaginaires, nous nous retrouvons immergés au cœur d’un univers, celui de l’enfance au Burkina Faso.

Comment sensibiliser les enfants à l’importance de l’art ? Comment prouver que chacun est à même de recevoir et d’interpréter une œuvre ?

C’est ce que les réalisatrices ont cherché à montrer avec ce film en rencontrant des enfants scolarisés à travers le monde. Elles ont voulu révéler la sensibilité que chacun sera capable d’exprimer suite à sa rencontre avec ce spectacle. L’expression des émotions et de l’imaginaire de chacun est ce qui donne une existence à l’art. Peu importe par quel moyen l’œuvre transcende ou ne transcende pas un spectateur, l’important est qu’il  s’exprime. Est-ce que ça lui a plu ? Est-ce que ça l’a ému ? Dérangé peut-être ? Ou bien tout simplement nous dira-t-il qu’il n’a rien ressenti. Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui fait que certaines personnes seront touchées face à une même œuvre, et d’autres pas ?

Ces interactions entre l’œuvre et le public, indispensables au renouvellement de l’art, sont le fondement de ce documentaire.

Bande d’annonce du film : 

L’éducation à l’image au cœur de l’action

 » Dans mon parcours professionnel, je suis amenée à créer des séances de découverte du cinéma auprès d’un jeune public. La perception du spectateur est l’axe que je cherche à développer au cours de mes ateliers. 

Le travail du médiateur culturel consiste à accompagner l’œuvre pendant les étapes d’appréhension puis  d’analyse. La phase d’appréhension consiste à introduire l’œuvre auprès du public dans sa dimension culturelle, sociologique, historique et bien sûr artistique. Il s’agit de donner des outils au spectateur pour qu’il « reçoive » l’œuvre dans les meilleures conditions possibles. 

L’étape d’analyse est un moment en deux parties. Après le visionnage de l’œuvre, le médiateur accompagne le cheminement réflexif du spectateur pour que d’un simple sentiment naisse une réelle opinion. Une fois nées, ces opinions sont confrontées dans un échange entre les spectateurs avec la présence du médiateur. Le rôle de ce dernier est de permettre un dialogue pour que chacun s’exprime et s’écoute. 

Je suis convaincue qu’une œuvre quelle qu’elle soit ne peut exister sans ces différentes étapes. Le rôle du médiateur est d’apprendre au spectateur, dès son plus jeune âge, à intégrer cette méthode pour l’aider à se forger un esprit critique. C’est à cet endroit que le spectateur est amené à libérer une parole, que les émotions se révèlent, et c’est à ce même endroit que le projet de correspondance se place, c’est l’instant où se croisent l’imaginaire et la réalité de chacun. »

 Charlotte Béfort, médiatrice culturelle aux Ateliers de l’image et documentariste

Une initiation au cinéma documentaire

Le projet d’accompagnement à la diffusion est également une initiation au cinéma documentaire. Les réalisatrices vont aborder le documentaire sous trois axes.

Elles vont, dans un premier temps, initier le public aux formes du documentaire. Du film ethnographique et sociologique au film de création, les participants découvriront les nombreuses écoles du cinéma documentaire. Ils vont ensuite comprendre les nuances entre la fiction, le reportage et le documentaire.

Les réalisatrices proposeront aux jeunes de découvrir le processus de réalisation d’un film. Avant la projection, elles leur présenteront le scénario. Ils prendront connaissance du tournage avec le journal de bord et enfin ils visionneront les scènes coupées au montage final. Cette étape d’avant projection est primordiale pour instaurer un dialogue autour de l’imaginaire du spectateur. En effet, le participant aura imaginé un film mais celui qu’il verra ne sera pas celui qu’il pensait. Après la projection, la discussion portera notamment sur les choix narratifs et les conditions de tournage qui peuvent modifier un film tout au long de sa fabrication, de l’écriture du scénario au final cut. Ces exercices ont pour but de désacraliser le documentaire et de sensibiliser les jeunes au rôle du réalisateur dans un film.

S’ensuivra le tournage des correspondances vidéo pour initier les participants à la réalisation d’un film. A travers les étapes de fabrication : l’écriture des scènes, la mise en espace et en lumière des décors, la prise de son et le cadrage, les participants découvriront un panel de métiers de l’audiovisuel et apprendront le travail d’équipe.

La place de l’art en France et au Burkina

Par la problématique du film, notre projet de diffusion et de correspondances vidéos Nord/Sud constitue un terrain propice et original pour un dialogue sur l’importance de l’art dans notre quotidien :

Comment l’art prend vie dans sa rencontre avec un public ? Et dans un pays comme le Burkina Faso, où la majorité des préoccupations se tournent vers les premières nécessités, quelle est importance de l’art pour la société ? De quoi est-il porteur ? Et qu’en est-il chez nous en Alsace ?

Ce projet vise à interroger la place de l’art et de la culture dans nos sociétés contemporaines. En accompagnant le film dans sa diffusion en France et au Burkina Faso, les réalisatrices créent des occasions d’échanger et de partager leurs points de vue.

 L’art prend vie dans sa rencontre avec un public. C’est la nature même de cette rencontre qui permet à l’artiste de se renouveler, et au public de développer un goût pour la liberté, la révolte et le sens critique. La démarche des réalisatrices s’est construite à partir de ce constat.

 « Nous avons décidé d’amener des jeunes spectateurs au premier plan de notre film, pour parler de l’art et de son importance parce que nous sommes persuadées qu’un public sensible et sensibilisé peut faire avancer nos cultures vers un monde plus humaniste ».

Notre projet est de poursuivre ces objectifs en accompagnant la diffusion de ce documentaire. Par une démarche pédagogique d’éducation artistique, d’autres enfants seront amenés à réfléchir et dialoguer autour du film. Avec eux, dans un souci de transmission et d’échange, les réalisatrices ouvriront un débat sur l’interculturalité et l’art dans le quotidien.

Les intervenantes 

Charlotte Béfort a suivi des études de cinéma, puis a travaillé pendant 4 ans au sein de l’association Vidéo Les Beaux Jours à Strasbourg, pôle de diffusion et d’éducation à l’image. Aujourd’hui, elle s’investit pleinement dans sa nouvelle carrière de réalisatrice et de médiatrice culturelle.

Estelle Duriez a suivi plusieurs cursus dans des écoles d’art, notamment en vidéo et en scénographie. Elle travaille depuis plusieurs années dans le théâtre, l’art et la vidéo, entre le Burkina Faso et l’Europe.